Ils sont une quarantaine, arrondis et endormis. Au nord de la Catalogne, se trouvent les volcans les plus jeunes et les mieux conservés de la péninsule ibérique. Ils font la fierté des habitants de la Garrotxa et forgent l’identité de ce pays pas tout à fait comme les autres.


Etrange, paradoxal… Comment la terre en colère, comment des plaques en furie ont-elles pu façonner un paysage d’une telle douceur, des courbes si harmonieuses sur lesquelles des forêts semblent s’épanouir au mépris du changement climatique ? Lorsqu’on atteint le rebord du cratère du Montsacopa, qui domine Olot et embrasse une grande partie de la Garrotxa, cette question surgit comme une nuée ardente dans le ciel catalan. Et il faut une sacrée imagination pour envisager le pays en proie aux éruptions, aux coulées de lave et aux fumerolles.
Pourtant, à l’échelle des temps géologiques, c’était hier, ou presque. Il y a 10 000 ans exactement. Après des dizaines de milliers d’années d’intense activité, le Montsacopa s’endormait, tout comme le Croscat, le Rocanegra ou le Santa Margarida, laissant en héritage un paysage parsemé d’une quarantaine de cônes arrondis, de coulées de lave et d’orgues où se mêlent le noir du basalte, l’ocre de la terre et le vert des forêts. Plongée dans une relative quiétude – puisque l’activité sismique est toujours d’actualité – la zone volcanique de la Garrotxa est devenue, en 1985, le premier Parc naturel de Catalogne. Il couvre onze communes, regroupe trente-huit cônes et vingt-huit réserves naturelles qui sont autant de merveilles à découvrir en randonnant.


Pour comprendre l’attachement des habitants à leurs volcans, il convient de plonger dans la genèse de ce Parc naturel régional. Nous sommes au début des années 1980. Sur la Costa Brava, à quelques dizaines de kilomètres d’Olot, le boom touristique bat son plein. En bord de mer, les immeubles poussent comme des champignons. Les promoteurs ont une soif insatiable de matériaux si bien que, dans le nord de la Catalogne et dans la Garrotxa, les carrières tournent à plein régime. Mais, lorsque les pelleteuses se mettent à attaquer sérieusement le volcan du Croscat, le plus haut de la Garrotxa (789 m) et le plus grand cône de la péninsule ibérique, la population locale se soulève. “Le mouvement social Croscat était alimenté par la prise de conscience qu’il fallait protéger la nature. À la suite de cette mobilisation, la Generalitat de Catalunya a décidé de créer le premier Parc naturel régional avec l’idée de concilier protection de la nature et activités humaines”, raconte Arnau Dorca Tomàs, technicien du Parc naturel de la zone volcanique de la Garrotxa.
Quatre décennies plus tard, le pari est réussi. Côté biodiversité, la zone volcanique est peuplée de dizaines d’espèces d’animaux. À l’entrée du volcan d’où s’éleva la mobilisation, Montse Guix et ses collègues du parc ont pris l’habitude de noter leurs observations. “En une semaine, nous avons recensé une trentaine d’espèces d’oiseaux, six papillons et huit reptiles”, dit-elle en balayant le tableau sur lequel le pic vert côtoie la sitelle torchepot, le lézard ocellé, le faucon pèlerin ou la couleuvre d’Esculape. “La Garrotxa est réputée pour être l’urinoir de la Catalogne, sourit Arnau Dorca Tomàs. La région est très humide, ce qui favorise la vie, donc la biodiversité. Nous avons aussi des écosystèmes aquatiques très développés et des forêts uniques comme la Fageda d’en Jordà, une hêtraie exceptionnelle qui couvre une coulée de lave, à plus de 500 mètres d’altitude !”
Dans la Garrotxa, le volcanisme a modelé le paysage, mais il a aussi influencé les activités humaines en tapissant le relief de terres fertiles. Pour preuve, si les 15 309 hectares du parc sont couverts de forêts, 16,5 % de sa surface sont dédiés aux cultures extensives et près de 9 % sont des pâturages. Mieux encore, 31 % des 3 572 hectares de sols volcaniques ont aujourd’hui un usage agricole. “Maintenir l’agriculture est essentiel à la préservation des paysages et de la biodiversité. La marque Fet’ al Parc (“fabriqué au sein du Parc”) a été créée pour cela. Elle regroupe une trentaine d’agriculteurs, avec un cahier des charges précis”, explique Arnau Dorca Tomàs.



À Olot, dans une très chic bâtisse de 1910, Gerard Xifre s’attelle, derrière son piano, à valoriser cette agriculture. Comme une vingtaine d’autres restaurateurs, le chef de La Quinta Justa a rejoint le programme Cuina volcànica (Cuisine volcanique). Il met en musique les saveurs culinaires nées sur les cendres des volcans. Il cuisine le haricot blanc de Santa Pau, la tortell d’Olot, “idéale pour un sucré salé”, les champignons de la hêtraie, les saucisses locales ou le sarrasin”. “Le programme Cuina volcànica a été créé en 1994 pour valoriser les produits locaux à travers des circuits courts. En même temps, c’est une manière pour nous de défendre les petits agriculteurs et par là même de préserver les paysages”, précise David Coloma, directeur de l’association Garrotxa Hostalatge qui rassemble les professionnels de l’hôtellerie du territoire. Sur les tables de La Quinta Justa, cette politique gastronomique se traduit par des mets qui défilent les uns après les autres : une sucette de fromage de brebis pour ouvrir l’appétit, suivie d’un bâtonnet d’épeautre et de sarrasin à tremper dans un houmous de haricots de Santa Pau, une poêlée de riz de Pals agrémentée d’une joue de porc effilochée, de champignons glanés dans la chênaie, et pour finir un pain perdu de tortell d’Olot accompagné d’une glace au ratafia. “La Cuina volcànica, c’est une invitation à manger le territoire”, sourit David Coloma, tandis que s’achève cette dégustation paysagère, sous la bonne garde du volcan Montsacopa.
2 février 1428. Huit mois après une première secousse, la terre se remet à trembler dans le nord de la Catalogne. Le séisme est terrible, tout s’effondre, y compris la capitale de la Garrotxa, rasée en quelques minutes. Lorsqu’on se promène à Olot, inutile donc de chercher des témoignages médiévaux. “Les bâtiments les plus anciens sont de style Renaissance. La ville a aussi un important patrimoine moderniste”, annonce la guide Meritxell Corominas en déambulant dans les halles jusqu’au couvent des Carmes où quelques centaines de jeunes étudient l’art et le design.
À Olot, l’art occupe une place particulière. La cité est le berceau d’une école picturale paysagère portée au milieu du xixe siècle par les frères Vayreda et Josep Berga i Boix, dont les œuvres sont visibles au musée de la Garrotxa. Olot est aussi la patrie des sculpteurs Josep Clarà et Miguel Blay et, plus récemment, de Carme Pigem, Rafael Aranda et Ramon Vilalta, les trois architectes de RCR, lauréat en 2017 du prix Pritzker. Côté architecture justement, la capitale de la Garrotxa possède quelques joyaux modernistes. Direction la plaça del Conill où se trouve la maison Pujador, puis l’étonnante Gaietà Vila qui fait face à la cathédrale. Juste derrière, le Passeig Miguel Blay grouille au rythme du marché hebdomadaire. C’est à peine si l’on peut voir la Casa Morales restaurée en 1916 par Lluís Domènech i Montaner, le célèbre architecte moderniste qui a laissé son empreinte dans cette ville artistique qu’est Olot.

Marquée par l’activité tectonique, la capitale de la Garrotxa vaut une visite, pour ses trois volcans comme pour son héritage artistique.
Pour visiter le Parc des volcans, le Rumbus est la solution la plus pratique et la plus écologique. Toutes les demi-heures en été et toutes les heures les week-ends du reste de l’année, ce bus dessert Les Preses, le centre d’Olot, la Fageda d’en Jordà, le parking de Santa Margarida et Santa Pau. Le billet à 2 € permet de voyager toute la journée. –> ohgarrotxa.com/rumbus
Le Parc naturel de la zone volcanique propose 25 itinéraires de balades accessibles à tous. S’il fallait en choisir un, ce serait le circuit numéro 1 qui parcourt la Fageda d’en Jordà, grimpe jusqu’au fond du cratère de la Santa Margarida puis rejoint les terres ocre du Croscat. 10,5 km, 4
Le volcan Montsacopa
Au cœur d’Olot. 20 mn d’ascension depuis la cathédrale.
Le parc de Pedra Tosca
À 1,5 km d’Olot, les architectes de RCR ont créé un labyrinthe d’acier qui chemine au milieu des pierres de lave.
Castellfollit de la Roca
Dix kilomètres avant Olot, une pause s’impose. Suspendu au bord d’une falaise basaltique, le village défie les lois de l’équilibre.
Espai Cràter
Pour comprendre l’activité volcanique, grâce notamment à des expériences de réalité virtuelle.
Carrer Macarnau, 55, à Olot.
Tél. : (0034) 972 279 132.
espaicrater.com
Vol de Coloms
Survol en montgolfière de la zone volcanique. À partir de 195 € par personne. Départ à proximité du Croscat.
Tél. : (0034) 972 680 255.
voldecoloms.cat/fr
Musée de la Garrotxa
Carrer de l’Hospici, 8, à Olot.
Tél. : (0034) 972 271 166.
museus.olot.cat
Musée des Saints
Il présente une collection unique d’artisanat religieux.
Carrer de Joaquim Vayreda, 9, à Olot.
Tél. : (0034) 972 266 791.
fr.turismegarrotxa.com
Où manger ?
La Quinta Justa
Le cadre, les saveurs, le prix, tout est juste !
Passeig Barcelona, 7, à Olot.
Tél. : (0034) 972 271 209.
laquintajusta.cat
Les Cols Pavellons
La cheffe Fina Puigdevall, deux étoiles au Michelin, officie dans un restaurant superbement rénové par les architectes de RCR.
Avenida les Cols, Olot.
Tél. : (0034) 972 26 92 09.
lescols.com
Où dormir ?
Hotel Olot Centre
Carrer Sant Pere Màrtir, 29, à Olot.
hotelolotcentre.com
Can Menció
Petit hôtel confortable au cœur
du charmant village de Santa Pau.
Plaça Major, 17, à Santa Pau.
canmencio.com