Un vacher qui dessine ? Un auteur de BD qui garde des bêtes ? Maxim Cain a beau crayonner beaucoup de cases, difficile de le ranger dans l’une d’entre elles… Et c’est tant mieux : l’humain est parfois riche, protéiforme et insaisissable, et Maxim en est un digne représentant.
Un vacher qui dessine ? Un auteur de BD qui garde des bêtes ? Maxim Cain a beau crayonner beaucoup de cases, difficile de le ranger dans l’une d’entre elles… Et c’est tant mieux : l’humain est parfois riche, protéiforme et insaisissable, et Maxim en est un digne représentant.
Texte : Marie Grenier / Photos : Guillaume Rivière


Pour encore quelques semaines, Maxim est perché là, sur ce petit éperon rocheux ariégeois à 1 652 m d’altitude, sous le pic de Saint-Barthélémy. La Jasse de Sédars, sur les hauteurs de Luzenac, c’est 20 m² de pierre et de tôle entre deux fougères et trois buissons, un abri de jardin en guise de salle de bains (derrière), deux rangées de salades et un pied de tomates cerises dans un creux volé au rocher (devant). Maxim garde une cinquantaine de vaches sur les hauteurs alentour, et encore une quarantaine sur l’autre versant, derrière la crête sommitale. Bientôt, quand tout le monde sera redescendu en plaine, que chaque troupeau aura été rendu à son éleveur, il s’envolera pour le Mexique. Garder d’autres bêtes ? Pas du tout : on l’accueille à la Casa del autor de Zapopan en résidence, deux mois pour dessiner qui font briller le regard du jeune homme.
Maxim est un drôle de berger… enfin berger depuis deux ans, d’ailleurs, après neuf ans de brebis. Un vacher-berger qui est aussi un artiste, auteur de BD dont le trait d’encre noire sobre, à la fois souple et abrupt, a donné lieu l’année dernière à un album tout en sensibilité publié chez Actes Sud. Démontagner raconte une saison d’estive, de la transhumance de printemps à la descente d’automne. Il raconte aussi la complicité du berger et son chien, les maladies et le soin des bêtes, les attaques et les pertes, l’intimité avec la montagne et la distance avec les hommes…

Il y a onze ans, fraîchement diplômé de l’École des Beaux-Arts de Paris, Maxim est « officiellement » un artiste. Mais il a aussi besoin d’argent, et puis surtout, il doute. « Le monde de l’art m’impressionnait, les mondanités et le réseautage me faisaient peur ». Un copain lui parle d’un couple de vachers croisé quelques jours plus tôt… « Je ne savais même pas que ça existait, ça, gagner sa vie en gardant des bêtes en montagne ! » Alors après les Beaux-Arts, direction la formation de bergers de Saint-Girons ! « Je pensais faire ça un job d’été, la première année je ne suis pas redescendu pour rejoindre les garrigues du sud-est. Au final, j’ai fait 7 mois d’affilé ! »
Il faut aimer la solitude, sans doute… comme le berger de Démontagner, qui fuit les rassemblements d’éleveurs ? « Oui et non. La solitude ça me va, mais cette première fois c’était trop : moins on voit de monde, moins on a envie d’en voir. Depuis, je reste chaque année de juin à octobre. Quatre mois, c’est bien », explique-t-il avant de lâcher d’un ton plus bas : « Mais bon, là j’ai eu des amis qui sont montés deux jours, et puis maintenant vous êtes là… C’est beaucoup, quand même. Cet après-midi c’est relâche ! » Sans compter que, cette année, la solitude est moins continue. Pour la première fois, Maxim a un jour de congé par semaine. « Ça devrait être la norme, mais ça n’arrive presque jamais. J’en profite pour aller voir une amie, à Foix… et manger de la pizza ! », avoue-t-il l’air faussement coupable.

Un peu plus haut, sur les pentes raides mais encore herbues du Sarrat de Bertenac, une petite cohorte de vaches descend vers la cabane avec indolence. Finet, désormais à la retraite, ouvre un œil distrait mais, museau tendu et oreilles aux aguets, Sip trépigne : « Elle n’attend qu’un mot, mais je ne l’envoie jamais aussi loin toute seule. Avec les brebis, oui, mais avec les vaches, c’est différent. Tout le travail est différent. » Une pointe de regret, en repensant aux brebis ? « Non non, j’aime bien travailler avec les vaches, et puis ces dernières années, les prédations de brebis ont été nombreuses. La menace de l’ours maintient dans un état de tension permanent que je n’ai plus avec les vaches, et j’avais besoin de cette sérénité. Mais je pensais que je pourrais dégager du temps pour dessiner, et ça n’est pas le cas ».
Cela voudrait-il dire… nouvelle BD en préparation ? Cette fois, c’est nous qui trépignons ! « Le contrat est signé, oui, toujours chez Actes Sud, mais ça ne sera pas avant au moins deux ans. Pour l’instant j’en suis seulement à la structure », raconte-t-il en nous montrant ses carnets. Alternant avec des pages remplies de notes d’une écriture dense, serrée et minuscule, des silhouettes de chiens et des essais de visages aux intonations variées. « Le personnage central de cette fiction sera une vachère et le monde pastoral sera toujours là, mais seulement en décor… » Comme leur auteur, les BD de Maxim sont d’autant mieux ancrées dans la montagne qu’elles vont aussi voir ailleurs…

Démontagner, Maxim Cain, Actes Sud BD, 28 €.
