Les pneus sont gonflés, les sacoches arrimées, c’est parti pour découvrir le Comminges et la Barousse, les mains sur le guidon et le museau en l’air pour profiter de ce pays qui s’étire du piémont bocager aux 3000 luchonnais.

© JC Milhet

Les pneus sont gonflés, les sacoches arrimées, c’est parti pour découvrir le Comminges et la Barousse, les mains sur le guidon et le museau en l’air pour profiter de ce pays qui s’étire du piémont bocager aux 3 000 luchonnais.

Texte : Axel Puig / Photos : JC Milhet

Arrivée en gare avec vélo depuis Toulouse, grâce à la réouverture de la ligne ferroviaire vers Bagnères-de-Luchon en juin 2025. (c) JC Milhet

Les essieux crissent, la motrice glisse et s’immobilise. Saléchan : une minute d’arrêt, suffisamment pour débarquer un vélo sur ce bout de quai égaré. Voilà comment débute notre tour du Comminges et de la Barousse : placé sous le signe de la pédale et du train, de la découverte à la force des mollets, bilan carbone limité.

Après onze ans d’interruption, la ligne ferroviaire reliant Montréjeau a en effet été officiellement rouverte le 22 juin 2025. Et cette réouverture est une aubaine pour l’économie du territoire, ses habitants, mais aussi pour les visiteurs, qui peuvent laisser la voiture au garage pour découvrir ce pays qui se déploie de part et d’autre du fleuve Garonne, des 3 000 du Luchonnais — Perdiguère, Crabioules, Maupas et consorts — aux forêts sauvages qui colonisent les versants parfois impénétrables de la Barousse.

Le combo train + vélo n’a que des avantages, à condition d’être suffisamment entraîné — même si on choisit l’assistance électrique — et surtout bien équipé. Notre monture — un MBK redoutable dont il vaut mieux taire l’âge — est bardé de sacoches made in Pyrénées, conçues et cousues à la main par Ricardo Vieira, fondateur de la petite entreprise artisanale Vélocidade. Une à l’avant, une autre sur le cadre, une dernière sous la selle, et nous voilà partis. Cap à l’est.

Un début en pente douce

Cycliste dans la forêt du Comminges sur la route du col des Ares, Haute-Garonne. (c) JC Milhet

En guise de mise en jambes, voici le col des Ares — quelque 8 kilomètres de montée pour 330 mètres de dénivelé. Une formalité au regard des autres ascensions au programme. Malgré un court raidard après Frontignan-de-Comminges, la route serpente en pente douce. Au gré des virages, elle offre de premiers panoramas sur la vallée de la Garonne et les sommets du Comminges, avant de pénétrer dans l’univers forestier. Dans ce pays de piémont, l’agriculture — majoritairement de la polyculture-élevage — dessine un paysage de bocage. Le Cagire (1 912 m) y règne en maître et Aspet se présente en bourgade principale.

Après une trentaine de kilomètres, c’est une halte idéale, d’autant que Guillaume Sere a eu la bonne idée de créer un lieu hybride comme les affectionnent les cyclistes. L’Échappée est à la fois une guinguette, un practice de vélo « avec des virages relevés, des rampes et des sauts », et un atelier de réparation où l’on peut même louer une monture à la journée. « Ce lieu réunit toutes les passions de ma vie », sourit Guillaume Sere, intarissable dès lors qu’il s’agit d’évoquer les soirées qui s’éternisent sous les guirlandes multicolores ou la centaine de kilomètres de pistes VTT qui s’échappent par-delà le col de Larrieu, Arbas et le rocher de Pène Blanque.

Menté, destin brisé

Pour autant, il est temps de reprendre la route vers le sud, cette fois-ci pour le premier morceau de choix du périple. Le col de Menté (1 349 m) n’a certainement pas la notoriété de l’Aubisque ou du Tourmalet, mais gare à ceux qui le sous-estimeraient ! Dans les sept derniers kilomètres de l’ascension, empruntée depuis Pont de l’Oule, la route se cabre sévèrement, dépassant parfois les 11 %. Les lacets sont rudes, les lignes droites décourageantes et plus d’un cycliste grimpera en zigzaguant, le regard perdu sur ses pédales, un bout de bitume, ou le sommet qui ne vient jamais. Bref, le col de Menté est propice à la fringale.

Vieux vélo-enseigne du restaurant La Chapelle au sommet d'un col pyrénéen, Pyrénées centrales.
Panneau du port de Balès (1 755 m) avec cyclistes et espace d’accueil du département des Hautes-Pyrénées. (c) JC Milhet

Le plaisir d’y trouver au sommet, encerclé par la forêt, une auberge comme La Soulan n’en est que plus grand. Tenu pendant une quinzaine d’années par Peter et Élisabeth, ce joli chalet de bois, avec terrasse et véranda pour les grands froids, a été repris cette année par Arnaud Artigue. Le cuisinier, dont le père était chef pisteur au Mourtis, promet « un approvisionnement le plus local possible », avec déjà les agneaux de son cousin Frédéric Artigue à la carte.

Rassasié, la descente du col de Menté entraîne le cycliste à toute blinde vers Saint-Béat et sa célèbre usine de marbre. Ces dix kilomètres d’asphalte sont entrés dans la légende du Tour de France. Le 12 juillet 1971, alors que Luis Ocaña file vers la victoire finale, les éclairs zèbrent la montagne, des grêlons matraquent le peloton et la route du Menté se transforme en un torrent de boue. Conscient que se présente sa dernière chance de renverser Ocaña, Eddy Merckx dévale à tombeau ouvert, lorsqu’au détour d’un virage, il tombe à terre, suivi par Ocaña qui est dans sa roue. Le Belge se relève. L’Espagnol fait de même mais, alors qu’il remonte sur sa monture, il est percuté de plein fouet par Zoetemelk, Lopez-Carril et Agostinho. Luis Ocaña gît au sol. Il est évacué dans la vallée puis héliporté vers l’hôpital de Saint-Gaudens.

La Belle Époque luchonnaise

À Saint-Béat, au pied du col de Menté, il ne reste qu’une vingtaine de kilomètres pour rejoindre Bagnères-de-Luchon. La Reine des Pyrénées — aujourd’hui peuplée de 3 600 habitants — s’est véritablement développée à partir du XVIIe siècle grâce à la mode du thermalisme et à la venue d’un certain Antoine Mégret d’Étigny. Intendant du roi basé en Gascogne, il a ordonné la construction puis donné son nom à l’impressionnante allée bordée de tilleuls où bat aujourd’hui le cœur de la cité thermale.

« La Belle Époque marque une période faste pour la ville. Le pyrénéisme est à la mode, le train arrive en 1873, et avec lui beaucoup d’Allemands, de Russes ou d’Anglais. Des maisons de plus en plus grandes sont construites dans des styles variés, inspirés par les nombreux voyages que réalise cette aristocratie européenne », raconte Nathalie Bonneli. Au départ de l’Office de tourisme, la guide propose une visite passionnante du patrimoine Belle Époque et achève la balade par la maison d’Edmond Rostand où « à 22 ans, il aurait écrit Les Musardises et plus tard Cyrano de Bergerac ».

Chambre à thème vélo à la Villa du Lys, maison d'hôtes Belle Époque à Bagnères-de-Luchon.
Chambre à thème vélo à la Villa du Lys, maison d’hôtes Belle Époque à Bagnères-de-Luchon. (c) JC Milhet

Impro, rock et électro

Le soir, même si les jambes sont lourdes après la visite de Luchon (et surtout la montée du Menté), un tour du côté de chez Roxane est tout simplement indispensable. Le Café des Quatre Chemins est « the place to be », un café indépendant, éclectique comme on en voit trop peu dans les Pyrénées. Il y a quatre ans, Roxane Legrand a repris cet établissement de Montauban-de-Luchon auquel elle a donné une dimension culturelle rare. « Je voulais proposer à une clientèle rurale des choses qu’elle n’a pas l’habitude de voir : des scènes alternatives, des stand-up, du théâtre d’impro, du rock, de la musique électronique », raconte-t-elle, entre deux demis servis au comptoir. Au Café des Quatre Chemins, tout le monde est le bienvenu — jeunes, moins jeunes, locaux ou touristes — et est invité à participer.

Ambiance chaleureuse au Café des Quatre Chemins, bar culturel de Montauban-de-Luchon tenu par Roxane Legrand.
Ambiance chaleureuse au Café des Quatre Chemins, bar culturel de Montauban-de-Luchon tenu par Roxane Legrand. (c) JC Milhet
Soirée musicale au Café des Quatre Chemins à Montauban-de-Luchon, lieu de vie alternatif et éclectique. (c) JC Milhet
Chambre à thème vélo à la Villa du Lys, maison d’hôtes Belle Époque à Bagnères-de-Luchon. (c) JC Milhet

Secrète Barousse

Le lendemain, la plus longue et sûrement la plus belle ascension se présente. Goudronné en 2006 pour accueillir La Grande Boucle l’été suivant, le port de Balès s’atteint au terme d’une magnifique montée à travers la bucolique vallée d’Oueil où s’égrènent de petits villages assoupis. Dans les cinq derniers kilomètres, à mesure que l’on approche de la crête qui mène au mont Né, la route serpente au milieu des pâturages, dans un paysage grandiose et aérien. L’Aneto est là, tantôt en face, tantôt dans le dos.

Le port de Balès se présente en porte d’entrée vers la Barousse, ce petit pays sauvage, parfois impénétrable, fait de forêts et de pâturages. Depuis 2021, Stéphanie Blouin y passe tout son été, affairée derrière sa cuisine aménagée dans un container. « L’hiver, je travaille à la station de Peyragudes, et jusqu’au 15 septembre je suis ici, en plein cœur de la zone pastorale, sans eau ni électricité », sourit-elle. Au Petit Refuge, Stéphanie offre un premier aperçu des délices de la Barousse.

La Barousse est en effet une terre d’authenticité, un peu secrète, préservée du tourisme. Ses petits villages réservent des surprises gastronomiques, à l’image du fromage de vache et de brebis que confectionne la famille Sost dans une ferme de la commune de… Sost. Arrivé à Mauléon-Barousse, on peut en garnir les sacoches puisque le voyage approche de son terme. L’itinéraire file désormais vers le nord où la cité de Saint-Bertrand-de-Comminges, sa gigantesque cathédrale, son patrimoine romain et son cloître roman se présentent en guise de récompense.

Groupe de cyclistes de CoolTour Cycling au col de Menté (1 349 m), Haute-Garonne. (c) JC Milhet

Guide pratique — Le Comminges et la Barousse à vélo

Y aller : En train ! Neuf allers-retours chaque jour entre Toulouse et Bagnères-de-Luchon. Dans les prochains mois, les locomotives fonctionneront même à l’hydrogène, pour un bilan carbone minimal. ter.sncf.com

Dormir : La Villa du Lys — Cinq chambres d’hôtes Belle Époque. Local vélo et jet d’eau. 3 avenue de Venasque, Bagnères-de-Luchon. villadulys-luchon.fr

Manger : La Soulan — Gîte-auberge au sommet du col de Menté. Tél. : 05 61 79 10 65. gite-soulan-mourtis.com — Café des Quatre Chemins — 1, rue de Sous-Baylo, Montauban-de-Luchon. cafedes4chemins.fr — Hôtel-Restaurant des Pyrénées — Place Palouman, Mauléon-Barousse. Tél. : 05 62 39 23 27. — Chez Simone — Poule au pot depuis 1975. 18, rue Victor-Cazes, Saint-Bertrand-de-Comminges. Tél. : 05 61 94 91 05.

À faire : Vélocidade — Sacoches à vélo artisanales. ateliervelocidade.com — L’Échappée — Guinguette et atelier vélo à Aspet. Tél. : 05 61 94 86 00. — Luchon Belle Époque — Visite guidée. 5 €. Tél. : 05 61 79 21 21. — Brasserie du Vénasque — Bières artisanales. 3, rue de Sous-Baylo, Montauban-de-Luchon. brasserie-du-venasque.com